Pulsations · Meeting pour le vivant

Publié le 2 déc. 2023, avec Marie Toussaint

Le Mékong est appelé par les vietnamiens « Fleuves des Neuf Dragons » car il s'y divise en neuf fleuves, formant ainsi un Delta. Situé à l'extrême Sud du Vietnam, le Delta du Mékong est la région où le Mékong finit sa course en se jetant dans la Mer de Chine.

Ce territoire est désormais l'un des plus fragiles de la planète. À cause du dérèglement climatique une partie de la région devrait sombrer sous les eaux.

18 millions de personnes y vivent.

Écouter la pulsation du vivant c'est entendre la voix de neufs dragons qui se meurent.

Écouter la pulsation du vivant, c'est regarder les invisibles, les oubliées, les damnés de la terre.

Au cœur d'Accra, capitale du Ghana il est un quartier connu sous le nom d'Agbogbloshie. Des scientifiques estiment qu'il s'agit de l'endroit le plus pollué au monde. Des dizaines de milliers de personnes vivent là, dans une immense déchetterie à ciel ouvert, au milieu des immondices d'une société de consommation qui se refuse à eux.

Des hommes et souvent des enfants s'évertuent à trier, et démanteler ces déchets, pour vendre ce qui peut être recyclé. Les femmes, essaient de survivre dans des activités de commerce informels, ou finissent par se prostituer, vendant leur corps pour une bouchée de pain. Les travailleuses et les travailleurs oubliés d'Agbogbloshie, survivent dans des conditions indignes. La plupart d'entre eux ont de graves problèmes de santé : la zone est constamment noyée sous les fumées toxiques des déchets que font bruler les burner boys ; ces hommes qui passent leurs jours à bruler les rebuts d'un capitalisme de la gabegie. Qui a dit que l'écologie était un souci de riches ? À Accra, au Ghana les pauvres meurent de notre surconsommation et du saccage de leur environnement.

J'aurais pu choisir mille autres endroits tant partout la justice environnementale est en berne. La vie sur la planète est en état de siège et nous regardons ailleurs. Les forets brulent et nous regardons ailleurs. Des espèces disparaissent en masse et nous regardons ailleurs, distraits de l'essentiel de nos vies par des accessoires érigés en totem. Écouter la pulsation du vivant, c'est faire taire un instant le bruit des notifications de nos téléphones portables. Écouter la pulsation du vivant, c'est choisir de se détourner des chaines d'info de Bolloré qui déversent leur poison dans nos imaginaires, pour regarder ce qui compte vraiment. C'est comprendre que nous sommes faits de la matière du monde, et que ce monde est beau. C'est comprendre la vie est un miracle fragile, qui ne tient, en somme, qu'au frottement des ailes d'une abeille. C'est tendre enfin l'oreille pour entendre de nouveau les sons de la nature. L'appel de la forêt. Le roulis des océans, et le bruyant silence des glaciers.
Ressentir les pulsions du vivant c'est soudain se rendre compte que le chant des oiseaux depuis longtemps, n'habite plus nos journées. C'est prendre conscience de notre infinie vulnérabilité. Nous sommes mortels, ô combien mortels. Aucune application issue de la Silicon Valley ne changera rien à l'affaire, aucune intelligence artificielle ne pourra nous exonérer de nos responsabilités.

L’heure de nous-même a sonné. Faire taire la voix du renoncement et ressentir en soi les pulsations du vivant, c'est fermer les yeux pour écouter le battement de nos cœurs et se préparer à mener bataille. Et quelle bataille. La campagne européenne qui s'ouvre ne sera pas un diner de gala.

En 2019, nous étions rassemblés derrière Yannick Jadot, que je salue chaleureusement. Merci à toi Yannick d'être là ce soir. Ta présence est une escorte bienveillante et fraternelle. Elle m'oblige. Merci à toi de me passer le relais dans cette course qui est à la fois une course contre la montre face à l'urgence climatique, et une course de fond pour transformer en profondeur nos sociétés, prisonnières d'un productivisme tellement ancré dans nos têtes et dans nos vies que prétendre le dépasser semble parfois impossible. Nous ne renonçons pas parce que les choses sont difficiles. Dans l'adversité nous puisons de la détermination. Alors au combat, camarades, au combat.

Marine, Eric et tous nos maires que je ne peux citer, Sandrine et tous nos parlementaires, au combat. Les jeunes écologistes, vous que j'aime tant, vous qui me donnez de la force de l'énergie et de la joie, au combat pour la justice et le vivant.

C'est toutes et tous ensemble que nous allons faire campagne. En 2019, nous avons profité d'un contexte politique et social porteur pour l'écologie politique. Rappelez-vous des marches climat où nous partions le cœur léger et le bagage mince, bien décidés à empoigner la vie. Rappelez-vous des appels de Greta Thunberg, de son audace, de son courage et de l'incroyable vent de fraicheur et d'espoir qu'elle a fait souffler sur la planète. Rappelez-vous de l'affaire du siècle, cette action en justice contre l'état français pour inaction climatique, soutenue par une pétition signée par plus de 2 millions de citoyennes et de citoyens. D'une certaine manière la liste verte sur laquelle j'ai eu l'honneur d'être élue était le débouché politique naturel de toute cette effervescence citoyenne. 

Nous avons fait campagne avec le vent dans le dos. Cette fois nous ferons campagne avec le vent de face. Et c'est un vent mauvais qui souffle sur l'Europe. Alors rien ne sera simple. La montée des populismes continue. La victoire de Geert Wilders aux Pays-Bas est le signe inquiétant d’une banalisation du pire. C'est la victoire du climato-scepticisme associé aux pulsions identitaires les plus viles. Ce cocktail national-climatosceptique est la potion amère qu'il veut faire avaler à tout le continent. Son carburant est le ressentiment. Son véhicule est la colère. Son projet est le rejet de l'autre et le retour à un âge d'or imaginaire. Partout en Europe, déjà des clones haineux rêvent de rééditer la performance.

En France, Willy Schraen, l'homme qui aime tuer, adossé à Thierry Costes, l'homme qui aime faire tomber les écologistes et qui se vante d’être le conseiller ruralité d’Emmanuel Macron, fomentent déjà une liste. Ils se prétendent les défenseurs de la ruralité. Je leur dis chiche. Ouvrons le débat publiquement sur le monde rural. Défendez votre vision. Et nous rappellerons comment le modèle que vous défendez est une catastrophe environnementale et sociale. Nous rappellerons que c'est votre amour de l'agro-industrie qui détruit des emplois paysans et que c'est la PAC que vous défendez qui subventionne les gros et laisse mourir les petits.

Nous ne voulons pas d'une France sans paysans, nous ne voulons pas d'une Europe sans paysans alors nous allons continuer à nous battre pour faire vivre un autre modèle agricole, qui conjugue respect du vivant et défense de notre souveraineté alimentaire.

Merci à toi Benoit Biteau d'incarner ce combat.

L'extrême droite présente des visages différents selon les contextes nationaux. Ses masques varient. Ses stratégies fluctuent. Mais son programme commun est constant : la haine des étrangers accusés de tous les maux, la remise en cause des droits fondamentaux supposés affaiblir la nation, la confiscation de l'idée nationale pour mieux la resservir sous une forme rancie, le révisionnisme historique pour fracturer les imaginaires, le populisme pour chevaucher les peurs, la convocation d'un monde ancien pour défendre un ordre nouveau. Partout, ils remettent en cause les droits des migrants à trouver une vie meilleure, le droit des femmes à disposer de leur corps, et le droit des personnes LGBTQI+ à vivre leur amour librement. Ce sont des ennemis de la liberté. Face à eux, nous défendrons les droits humains fondamentaux sans coup férir parce que les discriminations nous sont insupportables qu'elles soient basées sur le genre, sur l'origine, la religion ou la classe sociale

L'extrême-droite est d'autant plus forte que la droite est faible : intellectuellement morte, culturellement sous influence, politiquement en état de sidération, la droite est partout tentée de tout céder à l'extrême droite pour préserver un peu de ses positions. Ce n'est pas ma famille politique mais je veux dire à la droite républicaine qu'au bout de ce chemin de déshonneur, il n'y a pas seulement la honte, il y a aussi la défaite. Droites européennes, ressaisissez-vous ! Et vous femmes et hommes de droite de tout le continent, ne laissez pas vos chefs inscrire leur nom et le vôtre au fronton des trahisons. Parce qu'il vous reste un peu d'estime de vous-même et que l'intérêt général laisse un soupçon d'empreinte dans vos consciences, refusez de vous laisser embarquer dans la croisade anti-climat de la droite et de l'extrême droite. Vous aussi, écoutez les pulsations du vivant. Elles valent davantage qu'un compte en banque bien rempli ou une villa bien située...

Amis écologistes, vous allez me reprochez de m'adresser à la droite. Je ne suis pas naïve. Mais je crois à la puissance de l'écologie: un jour viendra où nous aurons conquis les esprits du dernier des mohicans du libéralisme. En attendant, si je vous parle longuement de l'extrême droite et de la droite, c'est qu'au parlement européen, l'union des droites se fait sur le dos de l'écologie. Nous défendons le vivant. Ils l'agressent. Nous défendons l'avenir. Ils l'enterrent. Voilà la vérité nue. 



Ces dernières semaines ont été absolument terribles pour l'écologie et pour la démocratie. Terrible pour l'écologie d'abord parce que cette alliance anti-écologie a décidé de la prolongation du glyphosate, de l'abandon de la législation contre les substances toxiques, et de réintroduire les OGM à grande échelle. Avec trop souvent la complaisance des macronistes comme le commissaire français Thierry Breton, toujours à la manœuvre lorsqu'il s'agit d'empêcher l'interdiction des substances dangereuses. Tous se sont alliés pour faire en sorte que l'Europe ne sorte pas de la civilisation des toxiques: c'est la coalition des empoisonneurs. Oui je pèse mes mots: des empoisonneurs. Comment nommer autrement ceux qui connaissent la toxicité des produits, la nocivité pour la santé, les conséquences potentielles pour nous et nos enfants et choisissent de poursuivre dans la voie de l'intoxication lente et de la pollution éternelle de notre continent, de ses sols et de ses eaux, et donc finalement de nous-mêmes ? Ils mentent pour masquer leurs méfaits, mais il est temps que les masques tombent : nous allons les mettre face à leurs responsabilités.

Monsieur Bardella, nous connaissons vos votes. Et nous ferons campagne en vous posant une seule question. Comment prétendre défendre les Français quand on vote la prolongation des substances qui les empoisonnent ? Ce qui se passe au parlement européen, ce grand recul, cette alliance ce n'est pas seulement un problème pour l'écologie c'est un problème pour la démocratie. Tous les reculs de l'écologie sont imposés par des lobbies. Des lobbies puissants, influents, qui n'hésitent pas à manipuler des études et à acheter les consciences chaque fois qu'ils le peuvent. Les multinationales des pesticides tuent deux fois : la première en déversant leurs substances toxiques dans la nature, et la seconde en déversant leur argent frelaté dans le dévoiement de la démocratie. Quelque soient ses options politiques, aucun démocrate ne devrait tolérer une telle ingérence dans des décisions qui déterminent nos existences. Nous devons mettre les lobbies à la porte des institutions européennes. 

Je parle de lutte contre les lobbies et je pense à la grande Eva Joly, que je salue... et je pense à Michèle, Michèle Rivasi que nous n'avons pas fini de pleurer. Michèle dont le départ soudain nous laisse sonnés, hébétés par la violence de l'inattendu et abattus par la tristesse qui nous serre la gorge. Michèle c'est bien la première fois que tu nous quitte sans dire au revoir, tant ta première qualité était d'être tellement chaleureuse. Je me tais un instant, et j'entends ta voix. J’entends ton timbre inimitable, tes emportements, tes harangues contre ces lobbies que tu détestais tant et qui te le rendaient bien. Leur sommeil est plus léger maintenant le tien est définitif. Ils savent eux, plus encore que nous, le travail que tu as accompli pour les bouter hors de nos vies. Ils savent, ces lobbies infâmes, combien tu étais redoutable pour eux, eux qui n'ont pas hésité à te faire espionner, avec d'autres camarades parce-que tu te dressais sur leur chemin. Michèle nous avons eu nos désaccords, et tu étais rude dans le débat. Mais combien de leçons ton parcours nous a enseigné. Repose en paix Michèle.

Le combat continue sans toi parce que tu n'aurais pas toléré que nous faisions une pause, ne serait-ce qu'un instant. Avec toi nous ne perdons pas seulement une parlementaire ou une amie, nous perdons un guide. Alors humblement nous mettrons nos pas dans les tiens. De là ou tu seras, continue de nous inspirer... Nous allons dans cette campagne suivre ton exemple et ne rien lâcher.

Les hommes et les femmes qui composent notre liste ont bien l'intention de défendre le vivant et la justice de toutes leurs forces. Je crois en eux et je vous demande de leur apporter votre soutien. Les sortants je les connais et vous les connaissez : vous connaissez leurs combats, leurs qualités, leur acharnement à faire entendre la voix de l'écologie, dans l'hémicycle et dans les territoires. J’ai cité Benoit, je veux remercier David Cormand, Mounir Satouri et Claude Gruffat du mandat accompli. Je veux aussi saluer tout le travail accompli par l'inépuisable Karima Delli. Les entrants, vous allez apprendre à les connaitre. Melissa, Madjouline, Abdoulaye, Priscilla, Amine, Stéphanie, Rachel Régis, Bénédicte, Christian merci d'être ce que vous êtes. Merci de composer l'une des plus belles listes de l'histoire de l'écologie politique. Merci d'incarner le renouveau de l'écologie, le brassage des générations, l'ouverture à la société, l'engagement militant et l'espoir d'un bon score.

Nos adversaires sont les pires des démagogues. Nous avons le devoir d'être les plus patients des pédagogues. Il faut aller chercher chaque voix comme si c'était le dernier jour de notre combat, et recommencer chaque matin comme si c 'était le premier matin du monde. Camarades, les choses sont simples : nous n'avons pas le droit de perdre la bataille que nous menons.

L'Europe doit devenir le continent de la sauvegarde écologique, la terre pionnière de l'adaptation au dérèglement climatique, le fer de lance de la bataille planétaire contre la destruction du vivant.

Elle le peut car c'est une puissance économique. Elle le doit parce que c'est sa responsabilité historique. Parce que nous savons ce qui se joue, parce que notre sensibilité nous renseigne, parce que notre compréhension nous alerte, nous sommes l'armée du vivant. Nous menons l'éternelle lutte du savoir contre l'obscurantisme en combattant les faux arguments des légions climatosceptiques.

Nos armes ne blessent pas, elles soignent. Nos armes ne tuent pas, elles sauvent. Notre écologie n'est pas un identitarisme mais un universalisme. Je ne parle pas ici d'un universalisme confisqué par la vision autocentrée d'un occident préoccupé de son seul sort. Je défends un universalisme qui ayant appris des leçons de l'histoire est désormais enraciné dans la modestie et sait que seul le singulier est universel. L'Europe a beaucoup conquis, beaucoup colonisé, beaucoup exporté la violence pour fonder sa puissance. Elle ne sera grande désormais qu'à hauteur de ce qu’elle apportera à l'équilibre de la planète. Notre Europe n'est ni spoliatrice, ni prédatrice, ni usurpatrice. Les valeurs qu'elle prône pour le monde, elle doit se les appliquer d'abord à elle-même. Notre écologie est une cosmopolitique qui postule l'unité du vivant, reconnait des droits à la nature et une conscience aux animaux.

Oui la condition animale nous importe, n'en déplaise aux cœurs secs qui nous moquent. Que nous parlions des compagnons de tous les jours auxquels nous devons tendresse et affection, ou des animaux d'élevage, nous réclamons pour chacun la fin de la souffrance animale, la fin de l’arbitraire qui les frappe et que cesse la barbarie qui les tue. Oui nous défendons, les chiens, les chats, les dauphins et nous défendons aussi les veaux, les vaches et les cochons, et tous les animaux qui meurent dans des conditions indignes dans des abattoirs pour le plus grand profit d'un système agro industriel qui a perdu le sens de la mesure et qui ne cherche qu'a optimiser ses gains. La loi du profit règne partout en maitre : mais choisir de défendre le vivant c'est exprimer que quelque chose est supérieur aux forces de l'argent.

Le marché est un outil, pas une ligne de vie. Il est un moyen, pas une fin. Il ne peut dicter ses exigences et les ériger en loi des lois. 

Comment peut-on accepter une Europe où l'accumulation de la richesse est devenue l’objectif ultime ? Je propose que la lutte contre la pauvreté devienne enfin la colonne vertébrale du projet européen. Je propose la création d'un droit de véto social : qu'aucune mesure portant atteinte aux conditions d'existence des 10% d'européennes et d'européens les plus pauvres ne puisse être adoptée. Une Europe qui néglige les pauvres et agit sans recueillir leur avis, agit forcément contre eux. Nous voulons faire entendre la voix de celles et ceux qu’on n’entend pas, celles et ceux qu'on ne voit pas, celles et ceux qu'on ne considère pas. Et surtout, nous voulons faire que la vie de millions d'européenne set d'européens soit plus douce.

La douceur, voilà notre horizon. À cette évocation, certains sourient. "Elle continue avec son truc de la douceur". Oui je continue. Et je ne fais que commencer... Une salle de camarades insoumis à cru bon de me siffler cet été parce que je défendais cette idée. Manon Aubry m'a envoyé après un sms, qui disait en substance "sans rancune". Sans rancune Manon, mais sans naïveté. J'ai proposé un pacte de non-agression, non par faiblesse mais par conviction. Et je le répète : je ne participerai pas à la guerre des gauches. Ça n'empêche pas de se parler franchement.

Alors Raphaël Glucksmann, si tu m'entends, tu peux dire à Carole Delga d'arrêter de soutenir l'A 69 ? Ce n'est pas compatible avec l'écologie, pas compatible avec la lutte contre le dérèglement climatique, pas compatible avec les pulsations du vivant. Les doubles discours sur l'écologie ça suffit. Emmanuel Macron a déjà épuisé l'exercice, lui qui se veut le champion de l'écologie hors de ses frontières, qui fait de grands discours lors des COP et agit si peu et si mal pour le climat en France et en Europe. Le temps du blabla est révolu. Le climat demande des actes. L’écologie ce n'est pas juste des thread sur twitter, c'est un combat de tous les instants, c'est le combat d'une vie. On ne peut pas dire une chose en région et une autre à Bruxelles.

J'en reviens à la douceur. Pourquoi devrions-nous nous excuser d'avoir choisi le camp de la douceur ? C'est la misère de notre temps qui inverse la courbe des valeurs et fait des vertus des vices. Je redis ici que la douceur est politique, parce qu'elle refuse que la force fasse la loi. Vous avez le droit de ne pas être en accord avec la perspective que j'ouvre. Vous avez même le droit de le dire. On m’a alerté en me disant Marie, le discours sur la douceur n'est pas adapté à la période. Je réponds ne vous méprenez pas : il n'y a pas de meilleur moment pour la douceur que quand la violence étend un voile spectral sur notre avenir.

Croyez-vous que j'ignore les épreuves de la vie ? Croyez-vous que je n'ai pas vu la misère de mes yeux ? Croyez-vous que face aux injustices du monde je n'éprouve jamais de colère ? La colère est partout et la justice nulle part. Je le sais. Nous vivons l’âge de la colère. Mais j'observe ceci : quand elle déborde de son lit, ce n'est jamais nous que la colère porte au pouvoir, mais au contraire les pires populistes, les pires réactionnaires, ceux qui hurlent pour de faire entendre, ceux qui font de l'intimidation et de la menace une politique, ceux qui font de la haine un projet de civilisation.

Face à cela, je vois bien la tentation des matamores qui montrent les muscles dans une escalade verbale jamais achevée. Je connais les ruses de la raison bourgeoise qui consiste à se donner des airs populaires en criant plus fort que les autres, comme si les mauvaises manières venaient d'en bas. Mais en bas, à la vérité on sait se tenir. Le peuple veut le respect, point barre. Pas le désordre entretenu, pas les vaines polémiques, pas le désolant spectacle d'un monde politique imbu de lui-même et boursouflé d'egos. C’est par la tête que le poisson pourrit : ce sont les mauvais comportements des élites qui inspirent en cascade chaque strate de notre société.


Pourquoi devrais-je choisir la vocifération comme mode d'expression ? Pourquoi devrais-je faire du tohu-bohu une marque de fabrique ? Pourquoi fustiger Hanouna et Pascal Praud si c'est pour parler comme eux ? Je ne crois pas que nous avons à gagner à encourager le triomphe des passions tristes, la politique du clash et le règne du ressentiment. Je crois même que nous avons tout à y perdre. Résister à la médiocrité de l'air du temps est un devoir civique.

Donc je persiste et je signe : notre monde a besoin de douceur. La douceur est l’art d’aborder les êtres et les choses par le biais de leur fragilité. Et oui ce renversement de perspective est politique et perturbe les dominants, ceux qui ont fait de la force, symbolique ou physique la clef de leur statut. Nous les vulnérables, nous les sensibles, nous les humiliées, les silenciées, les effacées de toutes origines, et de toute la planète nous disons que la douceur érigée en projet politique est pour nous une puissance de libération.

Car voyez-vous, évoquer la douceur c'est vouloir subvertir l'ordre social en y inversant la hiérarchie des normes : ce qui était jugé subalterne devient cardinal, celles et ceux qu'on laissait pour compte deviennent prioritaires. Vouloir rétablir de la douceur dans le monde, c'est affirmer enfin que les derniers seront les premiers. Oui la douceur délaisse les premiers de cordée et accorde sa sollicitude aux plus humbles.

La douceur est le refus de la violence sociale qui humilie toujours les mêmes, casse le dos des humbles, use les vies des pauvres. A la force de la violence nous opposons la puissance du soin, la vigilance du care. Le care est une idée neuve en Europe. Au lieu de se gargariser d’une idéologie où la guerre de tous contre chacun est la matrice du modèle social, nous autres misons sur la civilisation de l'entraide. Voilà le combat que nous voulons mener en Europe. Et c'est pour ces raisons que nous voulons la réorienter sur d'autres bases.

La mère de toutes les batailles c'est l'économie. J'en parlerai beaucoup dans cette campagne et n'en dirai que quelques mots ce soir. Mais pour aller vite, sans transformation de notre modèle économique, il n'y aura pas d'adaptation possible au dérèglement climatique. Quelle est la situation ? Six limites planétaires sur neuf sont dépassées. Notre modèle économique doit donc nécessairement faire face à une réalité indépassable : une croissance infinie dans un monde fini n'est pas possible. L'économie ne peut s'affranchir des limites biophysiques. Prétendre le contraire est un mensonge dangereux. Mais une économie financiarisée à outrance et déconnectée des réalités pense pouvoir poursuivre dans une fuite en avant qui nous mène au désastre social et environnemental.

Nous autres écologistes, nous sommes les plus réalistes, nous défendons au contraire le fait de réencastrer l'économie dans les limites planétaires. Ce qui, en matière de travaux pratiques indique de sortir des énergies fossiles. Ce n'est pas un petit enjeu : nous avons besoin d'une mobilisation générale des forces productives et économiques en faveur du climat. J'ajoute que c'est un effort de longue haleine. On ne peut donc pas vraiment parler d'économie de guerre climatique, ou alors c'est une guerre qui durera cent ans, parce que sauver le climat pour maintenir les possibilités de la vie sur terre, c'est l'affaire du siècle.

La question climatique est à la fois une question de responsabilité collective et de responsabilité individuelle. Personne ne doit se défausser, personne ne doit justifier son inaction par celle d'autrui. Mais nous disons, et c'est l'une des leçons du mouvement des gilets jaunes, que la transition écologique doit se faire dans la justice sociale.

Et puisque la question du financement de la transition est sur la table, nous formulons une idée simple: celle de la création d'un ISF climatique européen, pour mobiliser l'argent des plus riches au service de l'intérêt général écologique. Nous ne disons pas que cela réglerait tout : mais la mécanique vertueuse ainsi enclenchée aurait valeur d'exemplarité tout en fournissant des sommes conséquentes pour le climat.

Oui nous sommes volontaristes et nous l'assumons. Quand les écologistes demandent que les grandes entreprises soient tenues responsables de leurs atteintes aux droits humains et à l'environnement, on nous rétorque que nous sommes contre l'économie. Emmanuel Macron met tout en œuvre pour que le devoir de vigilance ne s'impose pas aux banques. Mais comment sauver le climat si les banques continuent à investir dans des projets climaticides ?

Je refuse de voir les banques de mon pays mobiliser leurs fonds pour investir dans des bombes climatiques aux quatre coins du globe.

Je refuse de voir une grande entreprise comme Total qui nous ment depuis 1972 sur les conséquences de sa politique industrielle, continuer à s'acoquiner avec des dictatures pour prolonger le plus longtemps possible son modèle écocidaire...

Je refuse que l’Europe rate le coche de l'adaptation au dérèglement climatique parce que quelques lobbies ont décidé que nous devions rester prisonniers des fossiles. Et c’est tout l’enjeu de la COP28.

Nous n'avons rien appris de la guerre en Ukraine. Cette guerre a révélé toutes nos fragilités. En premier lieu notre faiblesse géopolitique, faute d'avoir une politique de défense commune réellement unifiée. En second lieu notre faiblesse démocratique parce notre pseudo realpolitik a permis à Vladimir Poutine de pousser ses rêves teintés de nostalgie impériale et de nous mener une guerre informationnelle sur les réseaux sociaux, mettant ainsi en péril notre droit à l'information. En dernier lieu cette guerre a mis en exergue notre soumission énergétique à la Russie à travers la dépendance au gaz russe. Il n'y a donc pas d'un côté les enjeux géopolitiques et de l'autre côté la lutte pour le climat, mais bel et bien une géopolitique du climat et des ressources à forger si l'Europe tient à sa souveraineté et si la France tient à son indépendance. Nous n'avons rien appris de la guerre en Ukraine.

Au contraire nous nous sommes précipités dans les bras de l'Azerbaïdjan pour bénéficier de leur gaz, au moment même où ils planifiaient, puis perpétraient une épuration ethnique dans le Haut-Karabagh. L'Arménie qui a déjà tant et tant souffert a été une nouvelle fois abandonnée à son sort, sacrifiée pour des intérêts gaziers... C'est une tache indélébile sur le mandat de madame Von Der Leyen et sur l'honneur européen. J’arrive à la fin de mon discours. Je veux dire encore quelques mots, peut être les plus importants dans les heures troublées que nous vivons.

Je veux parler de la paix. L'Europe ne peut oublier qu'elle est une puissance de paix. Défendre les pulsations du vivant, défendre la possibilité du vivant, c'est défendre la paix.

Notre histoire est celle d'un continent, qui, ravagé par les guerres, divisé par des blessures profondes, couturé de cicatrices ineffaçables, a choisi de dépasser enfin les antagonismes nationaux, pour construire la paix. Que de vies sacrifiées, que de vies amputées, par la guerre raccourcies, que de consciences endolories, que de crimes irréparables commis, avant que l'esprit d'unité ne l'emporte sur les légions de la division.

Au sortir de deux guerres qu'on a appelée mondiales, les peuples d'Europe ont choisi de s'unir pour que plus jamais le fléau de la guerre ne les frappe. Le chemin fut long, hasardeux, semé d'embuches. L’Europe c’est le continent de la paix impossible et pourtant réalisée.

C'est à cette lumière que j'observe le conflit israélo-palestinien. L'Europe dans cette ne doit suivre qu'une seule boussole, celle de la paix. Et il en va de même pour la France. On m'a dit Marie, tu twittes peu sur ce sujet. Et c'est vrai. Je connais trop le poids des mots pour penser que 180 signes écrits dans la précipitation n'ajouteront pas au malheur du monde. J'envie celles et ceux qui vivent engoncés dans leurs certitudes et pensent que la vérité dort dans un seul lit.
Je vois monter les haines. Je vois les métastases du ressentiment gangréner des mouvements militants, défaire des amitiés, abimer des luttes qui ne seront plus jamais communes. Je vois la peste antisémite, jamais abolie, ressurgir avec une vigueur qui me dégoute. Je vois l'indifférence à la souffrance palestinienne, la négation du fait colonial, la volonté de justifier l'injustifiable. Je vois confondre la justice avec la vengeance. Je vois la guerre sur les réseaux sociaux. Les géopoliticiens d'occasion, les spécialistes d'opérette. Je vois la guerre de position qui défigure l'humanisme jusqu’à le rendre inenvisageable parce que chacun pense que ses morts pèsent plus que ceux d'autrui. Je vois la négation du viol utilisé comme arme de guerre. Et je me revois adolescente, avec un keffieh enroulé autour du cou, comme tant de personnes de ma génération. 

Pouvais-je seulement imaginer vivre ce que nous avons vécu le 7 octobre 2023 ? Deux jours après le 7 octobre, J'ai twitté une image. Celle d'une photo qui a été prise lorsque j'avais 6 ans. C'est une image des accords d'Oslo ou on voit Itzhak Rabin et Yasser Arafat se serrer la main. Eux ont cru à une paix impossible. Alors qui sommes-nous pour refuser d'y croire ?

Mon camp c'est celui de la paix impossible, parce qu'il m'est impossible de prendre un autre parti que celui de la paix Sans justice, il n'y aura jamais la paix. Et sans paix il n'y aura jamais de sécurité. Je demande non pas une trêve mais un cessez le feu. Je demande la libération des otages. Je demande que la CPI puisse entrer dans Gaza. Je demande que les colons de Cisjordanie cessent leurs crimes comme j'ai demandé que le Hamas cesse ses pogroms.Politiquement, je demande de toutes mes forces, de toute mon âme une solution à deux états. C'est le chemin le plus étroit mais le plus juste. 
Mon discours a commencé dans le Mékong et s'achève au Moyen-Orient. Mes amies, on ne lutte pas pour le vivant dans un seul pays. Je cite Fanon qui disait « ô mon corps, toujours fais de moi un homme qui s'interroge ». Parfois la femme que je suis s'interroge. Parfois j'hésite. Et dans ces moments-là mes boussoles, ce sont les mots de l'abécédaire que mes ami.e.s ont égrené au début de ce rassemblement pour le vivant.
Humanisme, justice, protection, paix, avenir, solidarité : voilà les boussoles qui doivent nous orienter dans les temps troublés que nous traversons. Voilà pourquoi je me bats en suivant le sillage de mes parents militants à ATD quart monde, l'association qui m'a tout appris de la dignité et du respect dû à chacune et à chacun.

Voilà ce que je défendrai dans la campagne pour laquelle j'ai été désignée.

Voilà ce que nous porterons ensemble, pour une Europe de la justice et du vivant. 

Alors, écoutez la voix de votre conscience, écoutez les pulsations du vivant et mettez-vous en mouvement : demain nous appartient !

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